Le ministère auprès du Premier ministre chargé de l’Économie et des Finances a dressé, du 11 au 12 août, à Grand- Bassam, un diagnostic de ses capacités techniques, opérationnelles, institutionnelles et humaines afin de cerner ses forces et faiblesses

Monsieur le ministre, pourquoi avez-vous organisé un séminaire d’orientation stratégique du 11 au 12 août dernier à Grand-Bassam alors qu’au mois de février dernier, un séminaire gouvernemental a donné à l’ensemble des ministères une feuille de route ?

La Côte d’Ivoire, sous la houlette du Président de la République, Alassane Ouattara, s’est fixé l’objectif de devenir un pays émergent à l’horizon 2020.

Au cours de son premier mandat, notre pays qui sortait d’une longue crise a surpris le monde en réalisant des performances économiques remarquables. Cela s’est traduit par un taux de croissance moyen du Pib de 9% de 2012 à 2015, une amélioration du climat des affaires, la restauration de la stabilité macroéconomique, et j’en passe. Cette embellie économique est tributaire d’une action gouvernementale concertée, orientée à travers le Pnd 2012- 2015 qui vient de s’achever avec un suivi régulier grâce au Programme de travail gouvernemental.
Le Gouvernement qui entend consolider ces acquis de développement pour atteindre son objectif d’émergence du pays, s’est doté d’un Plan national de développement (Pnd 2016 – 2020). Afin de contribuer efficacement à la réalisation des objectifs de ce Pnd, il nous est apparu nécessaire d’organiser ce séminaire les 11 et 12 août 2016 pour améliorer la contribution du ministère en charge de l’Économie et des finances (Mpmef) dans l’atteinte de l’émergence de la Côte d’Ivoire d’une part et permettre à nos agents, nos Directions et structures sous tutelle, une meilleure compréhension et appropriation de nos missions et du cadre institutionnel d’autre part. Plus spécifiquement, je dois dire qu’à Grand-Bassam, nous avons dressé un diagnostic des capacités techniques, opérationnelles, institutionnelles et humaines de notre département afin de cerner ses forces et faiblesses. Nous avons également fait des propositions pour relever les nouveaux défis, renforcer l’éthique et la déontologie en cohérence avec le concept de l’Ivoirien nouveau. Tout cela a été consolidé dans un Plan stratégique qui intègre parfaitement le Programme de travail gouvernemental qui est la feuille de route remise au cours du séminaire gouvernemental de février 2016. J’attache du prix à l’application de ce Plan stratégique. Un comité de suivi sera mis en place prochainement et une évaluation périodique en sera faite.

D’importantes communications ont été faites au cours des travaux, notamment le MPMEF face aux défis de l’émergence. Quel rôle votre ministère entend-il jouer dans le projet d’émergence de la Côte d’Ivoire ?

Le rôle principal de notre ministère dans le cheminement vers l’émergence de la Côte d’Ivoire à l’horizon 2020 sera de mettre en oeuvre une gestion efficace de la politique économique, financière et monétaire du Gouvernement. Pour nous, cette mission est repartie selon trois des cinq axes du Pnd 2016 – 2020 ; à savoir :
Primo, le renforcement de la qualité des institutions et de la gouvernance. À ce niveau, il s’agira de renforcer la qualité des projections et de la gestion macroéconomique pour orienter les choix de politiques économiques ; d’améliorer la transparence dans la gestion des finances publiques en mettant en oeuvre les actions prévues dans le schéma directeur des finances publiques ; assurer une mobilisation optimale des ressources pour le financement des actions prioritaires ; élaborer et de mettre en oeuvre une Politique nationale d’endettement. Deuzio, la transformation structurelle de l’économie qui se traduira par la création des conditions d’une plus grande implication du secteur privé dans le financement de l’économie nationale, notamment à travers l’amélioration continue du climat des affaires.
Et tertio, l’intégration régionale et la coopération internationale. Il s’agira d’accélérer la transposition des textes communautaires dans le droit national et de prendre des textes nationaux d’application, en collaboration avec le ministère des Affaires étrangères ; de renforcer la mise en oeuvre de l’ensemble des volets nationaux des politiques de convergence économique et monétaire en Afrique de l’Ouest, en collaboration avec le ministère de l’Intégration africaine et des Ivoiriens de l’extérieur.
Outre ces actions, le Plan d’action stratégique dont notre Département ministériel vient de se doter intègre en bonne place, la modernisation de l’administration économique et financière, la bonne conduite des réformes économiques et financières et l’amélioration de la gouvernance et la promotion de l’éthique. Le séminaire d’orientation stratégique nous a aussi permis d’établir, pour chaque administration, chaque Direction ou structure sous tutelle, une matrice d’actions à exécuter et des résultats à atteindre.

Justement l’émergence, on en parle beaucoup. Pensez-vous que le pays ait les armes nécessaires pour atteindre cette émergence économique et surtout est-il bien parti pour réaliser cet objectif stratégique ?

La Côte d’Ivoire a non seulement les armes mais elle est surtout bien partie pour atteindre l’émergence à l’horizon 2020.
Nous avons le leadership qu’il faut, en la personne du Président Alassane Ouattara qui est un homme de vision et d’expérience. Nous disposons aussi d’un cadre macroéconomique stable, un niveau de sécurité comparable à celui de New-York et de Genève et donc favorable aux investissements ainsi que des ressources humaines de qualité. Je confirme que nous avons toutes les cartes en main pour aller à l’émergence au regard des performances économiques qui ont été réalisées et que j’ai rappelées tout à l’heure. Le Pnd 2016 – 2020 mis en oeuvre nous permettra, j’en suis persuadé, de relever le défi de l’émergence. Je voudrais préciser que l’émergence est en fait une vision stratégique qui se traduit par une croissance forte, durable et inclusive qui permet de faire converger le niveau de vie des populations vivant en Côte d’Ivoire vers celui des habitants des pays développés. En termes de bilan, vous noterez avec moi que depuis quelques années les dépenses pro-pauvres ont connu une hausse remarquable passant de 1080,3 milliards en 2012 à 1716,4 milliards en 2015. Des centres de santé, des écoles et des infrastructures d’eau potable ont été construits ou réhabilités. Le Smig est passé de 36 607 francs Cfa à 60 000 francs Cfa, les salaires des fonctionnaires ont augmenté et les prix aux producteurs de café, de cacao et d’anacarde ont connu une amélioration substantielle, les revenus et le pouvoir d’achat des ménages ont augmenté. Je pense que le Pnd 2016- 2020 est l’outil de référence qui permet de mieux cerner les ambitions de la Côte d’Ivoire en terme de développement avec des investissements estimés à 30 000 milliards de Fcfa et une contribution plus accrue du secteur privé de l’ordre de 62%. Afin de favoriser la contribution du secteur privé, le climat des affaires est en constante amélioration. À cet égard, le cycle Doing business 2017 sera lancé au cours des prochaines semaines. La conférence des donateurs, des 17 et 18 mai 2016 à Paris, a été couronnée de succès en termes d’intentions de financement du Pnd 2016 - 2020. Pour terminer sur cette question, je peux affirmer que les objectifs que nous nous sommes fixé seront atteints.

Ce séminaire a été aussi l’occasion d’un bilan. Que peut-on retenir de l’état des lieux qui en est résulté ?

En termes d’état des lieux, on peut retenir qu’au cours de ces cinq dernières années, le Programme économique et financier (Pef) soutenu par la Facilité élargie de crédit (Fec) a été mis en oeuvre avec satisfaction ; la stabilité macroéconomique a été restaurée ; l’inflation a été maîtrisée ; l’endettement public a été maintenu sous contrôle. Au terme des travaux de Grand-Bassam, des recommandations pertinentes ont été formulées dans la perspective de l’amélioration de la performance du Mpmef. De façon globale, le séminaire a recommandé le renforcement des capacités institutionnelles, financières et humaines du ministère et la création d’un organe de veille et de suivi de l’application du Code d’éthique et de déontologie doté d’une autorité suffisante lui permettant d’assurer pleinement sa mission. Il a également été recommandé d’accélérer les réformes en cours afin que la Côte d’Ivoire ait un secteur financier qui soit conforme à ses ambitions de devenir un pays émergent.

En 2016, quels seront les grands chantiers du Mpmef ?

Les grands chantiers de notre ministère en 2016 sont déclinés dans la matrice des contributions de notre Département au Programme de travail gouvernemental (Ptg). Il s’agit, notamment, du financement des actions de renforcement des institutions , de la contribution aux actions en faveur de la Bonne gouvernance et au renforcement du Dialogue public privé , de l’amélioration du cadre juridique régissant les activités économiques , de la contribution à la politique de Développement du secteur privé , de la restructuration du secteur financier et bancaire , de la poursuite de la mise en oeuvre du Compte unique du trésor (Cut) et de la conclusion d’un nouveau programme économique et financier.

Dans votre discours d’orientation lors du séminaire, vous avez beaucoup insisté sur le concept de “L’agent des finances nouveau” et l’adoption d’un Code d’éthique pour les agents de votre ministère. Que recherchez-vous, au juste, Monsieur le ministre ?

Ce que nous recherchons, c’est que le travail soit bien fait et vite fait. Quand vous regardez la contribution qui est attendue d’un ministère aux missions aussi étendues que stratégiques comme le Mpmef dans la marche de notre pays vers l’émergence, cela ne peut s’accommoder d’un certain nombre de comportements que nous dénonçons tous les jours. L’agent des finances nouveau que je recherche n’est rien d’autre qu’une déclinaison de l’Ivoirien nouveau. C’est donc un agent compétent, qui a la culture du résultat, un agent diligent qui accomplit un travail de qualité avec conscience et professionnalisme, qui vient à l’heure au travail et qui attache du prix à l’excellence. Enfin, l’agent du Mpmef nouveau est celui qui a un grand respect pour la chose publique. En d’autres termes, c’est un agent de l’Etat, qui sait servir et non se servir.

La DGTCP que vous avez eu à diriger a remporté, récemment, le Prix de la meilleure administration de Côte d’Ivoire. Une distinction qui vous a, d’ailleurs, été dédiée par le nouveau directeur général. Quel commentaire ?

Je suis heureux de cette distinction qui récompense le travail de la grande famille du Trésor public que je salue et félicite au passage. Je voudrais remercier mon successeur pour l’honneur qu’il me fait en me dédiant ce prix. À mon tour, je voudrais le dédier à tous les agents du Trésor et leur demander de toujours oeuvrer à être parmi les meilleurs. Pour moi, cette distinction est un titre et comme tout titre ; il doit se défendre à chaque édition du Prix national d’excellence. Je leur dit que nous sommes toujours ensemble et que de là où je me trouve aujourd’hui, j’attendrai encore davantage d’eux.

PROPOS RECUEILLIS PAR DAVID YA